De la Pratique du Kendo

剣道修錬の心構え
De l’intérêt de la Pratique du Kendo
(Conduite lors de la pratique du Kendo)

 

« La pratique du Kendo permet de :
剣道を正しく真剣に学び
Façonner l’esprit et le corps,
Cultiver un esprit vigoureux,
心身を錬磨して旺盛なる気力を養い
Et à travers un entraînement correct et rigoureux
S’efforcer de progresser sans relâche dans l’art du Kendo,
剣道の特性を通じて礼節をとうとび
Tenir en estime l’honneur et la courtoisie entre les hommes,
信義を重んじ誠を尽して
S’associer aux autres avec sincérité,
常に自己の修養に努め
Et toujours poursuivre l’accomplissement de soi-même.
以って国家社会を愛して
Pratiquer ainsi permettra à chacun :
D’aimer sa nation et sa société,
広く人類の平和繁栄に
De contribuer au développement de la culture
寄与せんとするものである
Et promouvoir la paix et la prospérité entre tous les peuples. »
昭和50320日制定 
財団法人全日本剣道連盟
20 mars 1975
Zen Nippon Kendo Renmei 

Voilà un texte bien étrange et exotique pour nous autres occidentaux mais il me semble important de le lire entre les lignes, c’est-à-dire, d’en comprendre l’essence et l’appliquer à notre société et à notre époque.

Sans nous attarder sur la première partie, assez évidente, qui traite de la dimension sportive du Kendo (« l’esprit et le corps », « un entraînement correct et rigoureux ») essayons de comprendre ce que « l’honneur et la courtoisie entre les hommes » veut vraiment dire.

On pense immédiatement au mot « étiquette » (Reigi), qu’on entend souvent dans les arts martiaux sans vraiment y donner un sens et en se contentant parfois de suivre les règles (Gi) de cérémonie (Rei).

Saluer le Shomen quand on entre dans un Dojo (littéralement, lieu de la voie), c’est remercier ce lieu de pratique, c’est-à-dire considérer toute l’histoire de ce lieu, de sa création à maintenant, toutes les personnes qui ont rendu cet espace possible. Les Sensei, « ceux qui étaient là avant» — les anciens qui nous ont quitté et ceux qui sont encore parmi nous — puis tous les pratiquants qui ont évolué et ainsi contribué à ce lieu : tout ce passé qui crée ce présent.  Mais c’est aussi s’intégrer à ce présent, à ce lieu, à cette continuité et de poser sa pierre, aussi modeste soit-elle, à l’édifice.

Nul n’est détenteur du savoir, nous n’en sommes que les transmetteurs.

Saluer son partenaire/adversaire, c’est considérer son être dans son intégralité : ce qu’il est, son passé, sa pensée, ses blessures et ses triomphes, son corps et son âme. Tout ce parcours qui a fait qu’il est là, aujourd’hui, en face de soi. Et comme par effet de miroir, tout ce cheminement nous renvoie à nous-mêmes.

Peut-être est-ce ça que de « s’associer aux autres avec sincérité » c’est à dire, avec soi-même, corps et âme, dépouillé du reste, et ainsi « poursuivre l’accomplissement de soi-même » ?

Enfin, la dernière partie peut paraître encore plus obscure*, sûrement par son aspect plutôt anachronique et très « japonisant » pourrait-on dire. Mais là encore, un léger effort d’interprétation peut nous éclairer sur ces concepts de « nation » et de « société ».

Je pense que ce texte de la ZNKR nous invite à nous questionner sur notre place dans notre environnement : qui je suis pour mes proches, pour le club, toutes les personnes que je côtoie quotidiennement… « Aimer », ici au sens de « faire partie », c’est être acteur de cette société, trouver quel acte je peux poser ici et maintenant pour agir ou, au sens large, pour exister.

Autrement dit : « développer la culture » — entendons là : ce qui n’est pas de la nature, qui n’est pas inné, ce qui se réfère à l’activité humaine.

Chose assez dérangeante de prime abord dans notre société individualiste et individualisante mais je ne crois pas qu’il faille lire là une incitation à la standardisation, au conformisme, à l’aliénation, à l’effacement de soi — ce qui irait d’ailleurs en contradiction avec les concepts précédents. Mais plutôt une invitation à progresser ensemble, à se construire grâce à l’autre, à devenir acteur de cette « paix » et de cette « prospérité entre tous les peuples ».

Ce qu’il faut tirer de ce texte, selon moi, c’est de donner du sens aux choses et à nos gestes. Entretenir son matériel, vérifier le bon état de son armure, de son shinai, c’est assurer d’une part sa propre sécurité mais également celle des autres. Considérer le lieu où l’on pratique c’est s’inscrire dans celui-ci et contribuer à son développement, encore une fois, pour soi et pour les autres.

C’est estimer les autres membres du club et contribuer à leur progression, car c’est grâce à eux que je progresse.

Damien Barelli
Thiberville, mars 2015
Révisé et augmenté en juillet 2016
Correction de traduction, juillet 2018



*Elle est d’ailleurs systématiquement omise dans toutes les traductions françaises que j’ai pu trouver. J’ai dû traduire cette dernière partie moi-même.

pour Kendo Club Brionne, Normandie